Le règlement intérieur en entreprise après la loi de simplification de mai 2026

Le règlement intérieur est l'un de ces documents que l'on croit secondaires jusqu'au jour où il devient central dans un contentieux disciplinaire. Une mauvaise rédaction ou une mauvaise procédure de dépôt, il devient inopposable aux salariés. 

La loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique modifie la procédure de dépôt du règlement intérieur : elle supprime l'obligation de dépôt au greffe du conseil de prud'hommes auquel est rattaché l’entreprise. Le reste du cadre juridique demeure intact : les élus sont toujours consultés avant l’entrée en vigueur. 

Un document obligatoire, au contenu verrouillé par la loi

L'obligation d'établir un règlement intérieur s'impose à tout employeur atteignant cinquante salariés sur 12 mois consécutifs, appréciés au niveau de l'entreprise ou de l'établissement — et non de l'UES (art. L. 1311-2 C. trav.). En cas de contentieux disciplinaire sans règlement valide, c'est à l'employeur de prouver qu'il était en dessous du seuil. 

Le contenu est défini limitativement par la loi (art. L. 1321-1 C. trav.) : 

1° Les mesures d'application de la réglementation en matière de santé et de sécurité dans l'entreprise ou l'établissement, notamment les instructions prévues à l'article L. 4122-1 ;

2° Les conditions dans lesquelles les salariés peuvent être appelés à participer, à la demande de l'employeur, au rétablissement de conditions de travail protectrices de la santé et de la sécurité des salariés, dès lors qu'elles apparaîtraient compromises ;

3° Les règles générales et permanentes relatives à la discipline, notamment la nature et l'échelle des sanctions que peut prendre l'employeur.

Toute clause qui déborderait ce cadre — obligation contractuelle déguisée, restriction disproportionnée d'une liberté individuelle — encourt l'annulation. Les exigences de légalité, de proportionnalité et de non-discrimination s'appliquent à chaque disposition (art. L. 1321-3 C. trav.).

Propositions d'action aux élus CSE :

  • Exiger la communication du projet complet avec un délai suffisant avant la réunion de consultation et consulter - si nécessaire - l’assistance juridique du CSE

  • Analyser clause par clause les dispositions sensibles : contrôles alcool/drogues, surveillance informatique, neutralité vestimentaire

  • Formuler un avis motivé et détaillé qui figurera au procès-verbal et pourra être retrouver en cas de litige ultérieur

La suppression du dépôt au greffe : une formalité en moins

Jusqu'au 27 mai 2026, l'entrée en vigueur du règlement intérieur était conditionnée à son dépôt au greffe du conseil de prud'hommes. Cette obligation disparaît. Désormais, il suffit d'attendre un mois après la consultation du CSE.

Ainsi, le nouveau protocole de publication d’un règlement intérieur se constitue :

Procédure de validation Dépôt au greffe du tribunal des prud'hommes Consultation du cse + date d'entrée en vigueur Article L1321-4 du Code du travail Information des salariés Article R1321-1 du Code du travail Entrée en vigueur : 1 mois après les formalités de publicité (après consultation du CSE). loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 Transmission à l'inspection du travail

Cette procédure conditionne l'opposabilité du document. 

Bon à savoir : Une clause introduite sans que ces étapes aient été respectées reste inopposable — mais cette irrégularité reste localisée : elle frappe la clause concernée, sans invalider l'ensemble du règlement lorsqu'une seule disposition est en cause. 

À ne pas confondre avec le règlement intérieur du CSE lui-même, régi par l'article L. 2315-24 du Code du travail, qui organise le fonctionnement interne de l'instance. 

Propositions d'action aux élus CSE

  • Tenir un suivi documenté : date de l'avis rendu, date de transmission à l'inspection du travail, preuve de publicité auprès des salariés

  • Demander à être informés en amont de toute révision du règlement, avant la réunion formelle de consultation

Pouvoir disciplinaire et vigilance des élus : un enjeu concret

Le règlement intérieur est le socle du pouvoir disciplinaire. Toute sanction doit reposer sur une faute encadrée par ce document — à défaut, le juge peut l'annuler. Le CSE, qui connaît les pratiques managériales et les tensions internes, est souvent le mieux placé pour détecter les clauses potentiellement détournées.

Certaines méritent une attention systématique : les tests de dépistage, les dispositions sur la surveillance numérique, et les règles de comportement dont la formulation vague peut couvrir des sanctions arbitraires.

Propositions d'action aux élus CSE

  • Inscrire à l'ordre du jour une revue régulière du règlement intérieur, notamment après chaque évolution législative en matière de sécurité ou de harcèlement

  • Vérifier que le règlement a bien été mis à jour lorsque la réglementation ou le fonctionnement de l’entreprise ont changé — un document obsolète génère des risques pour l'employeur comme pour les salariés

  • Utiliser la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), là où elle existe, pour instruire les clauses sur ce thème.

En conclusion 

La loi de simplification de mai 2026 supprime une étape administrative — le dépôt au greffe — sans toucher au fond. Le règlement intérieur est un socle pour la prise de sanction mais qui s’articule avec d’autres sources documentaires comme la charte d’entreprise. Le respect du fond et des formalités sont nécessaires. Pour le CSE, la consultation préalable demeure une action concrète pour démontrer sa cohérence et sa vigilance sur le contenu et le suivi documenté des étapes et rendre  un avis motivé. 

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